La suite de « Psychiatrists tried to kill phase3 »

« Il faut mettre la société au service de l’école et non pas l’école au service de la société » disait BACHELARD.  Pourtant, aujourd’hui, l’école nuit au développement personnel des enfants. Elle contribue, de plus en plus tôt, à une mise en phase avec un modèle unique, vise l’optimisation de la performance et laisse de moins en moins de place pour la réflexion, la différence, le sentiment et l’expression.

Jiddu Krishnamurti

Formater les enfants pour en faire de bons conso-acteurs et appeler cela l’ « intégration sociale » est une première escroquerie. Le moule scolaire interdit toute dérive idéologique autre que celle qui prône l’ultralibéralisme à tout crin et la consommation de masse.

L’Histoire, la Philosophie, les Arts ou la Littérature ne seront bientôt plus dispensés dans les écoles car ces matières peuvent éveiller la curiosité des plus jeunes et risqueraient, par la suite, d’en faire de vilains réfractaires. La différence, cette source d’inspiration et de créativité, pourtant tellement vitale pour changer ce monde en pleine déliquescence, n’est plus admise. Accepter ou pas un monde qui place l’argent, le pouvoir et la violence comme les plus belles des valeurs est une option de vie que l’on devrait pouvoir mûrir librement. Ce choix est pourtant interdit et est même répréhensible. Les programmes de l’Education Nationale sont obligatoires jusqu’à l’âge de 16 ans . Ne pas y adhérer est un pari dangereux où le jeune adulte insoumis risque de se voir renvoyé sur le banc de touches de manière violente et rapide.

La loi et la justice protègent la société contre ceux qui ne se conforment pas aux règles imposées par les plus puissants. La sanction la plus courante demeure l’emprisonnement mais, de tout l’arsenal juridique, les soins psychiatriques sans consentement et plus particulièrement l’hospitalisation d’office (appelée aujourd’hui « soins psychiatriques sur décision d’un représentant de l’état ») sont les plus abjects. Sous prétexte d’une possible déviance, ils répondent, à l’avance, et arbitrairement, à une éventuelle mise en danger du système par ceux là mêmes qui pourtant en fond partie mais qui pourraient par leurs idées nouvelles qui renversent les tables la faire évoluer. Le quidam n’a pas droit au chapitre ni aux revendications excessives.

« Sur le fondement d’un certificat médical circonstancié émanant d’un psychiatre, le préfet prononce par arrêté l’admission en soins psychiatriques d’une personne dont les troubles mentaux nécessitent des soins, compromettent la sûreté des personnes ou portent gravement atteinte à l’ordre public », ainsi, sans qu’aucun reproche ne puisse lui être fait, hormis celui de ne pas penser « comme il faut », les psychiatres, souvent avec l’aide des forces de l’ordre, se chargent du sale boulot et de la « reconduite dans le droit chemin » et de faire ré adhérer le déviant au modèle sociétal.

La psychiatrie est le bras séculier des lobbies, des politicards et de la doxa bien pensante. Elle incarcère et reprogramme les plus rebelles d’entre nous en évoquant le facétieux prétexte, qu’un jour, peut-être, ils pourraient être dangereux.

Il faut quelques fractions de secondes, et un verre d’eau, ou le temps d’une injection, pour commencer un traitement par neuroleptiques mais, après, il sera pratiquement impossible de l’arrêter. 

La rechute inévitable qu’entraînerait l’arrêt du traitement est l’une des nombreuses épées de Damoclès brandies par le personnel des hôpitaux psychiatriques. L’est aussi celui de l’instauration d’un état possible de pathologie chronique qu’entraînerait une rechute. Ainsi effrayé, le patient ne pourra qu’adhérer au programme de soins. Comme révélée, il y déjà longtemps par Edward BERNAYS, Henri LABORIT ou Stanley MILGRAM, créer la soumission n’est pas une tâche très difficile. La perte de confiance en soi provoquée par l’autoritarisme abusif du personnel de santé trouve ses fondements dans la peur générée par la menace et l’infantilisation avec tout un contingent de phrases et de gestes qui seraient presque anodins dans un autre contexte. 

La chambre d’isolement est une aussi une brimade courante. 

La contention fait, qu’à cause du manque de personnel, le patient peut se retrouver sanglé sur un lit pendant plusieurs semaines. On lui mettra une couche culotte et on lui injectera un produit anticoagulant chaque jour.  

La description d’un futur, de toute façon pourri, peut aussi conduire certains patients au suicide. Les psychiatres, bien sûr, diront, que c’est à cause de la dépression liée à la maladie. 

Le lien social n’existent plus. Les rapports entre humains sont de plus en plus superficiels et les injonctions contraignantes de plus en plus fortes. C’est encore pire dans les institutions. Il y a tellement de misère humaine et de maltraitance dans les hôpitaux psychiatriques que peu de patients arriveront a se remettre d’un séjour dans leurs murs.

Soit tu adhères à cette société, soit, comme tu ne peux la quitter, la psychiatrie t’en éliminera, sans aucune concession ni le moindre regret ». 

Le prétexte de la création artistique reste pour moi un refuge pour éviter les représailles de la part d’une société définitivement agressive et malade et de sa complice, la psychiatrie. Les limites entre Art et folie sont ténues, parfois à peine perceptibles, mais toujours violentes.

La « distorsion mentale » que crée le sentiment de révolte et  la mise en danger permanente qui en découle, sont pourtant les fondements de toute démarche artistique.

juin 1988 >> septembre 2016 :

« Je travaillais chez R (R.C.N). Vous avez vachement raison ! C’est dégueulasse. Je me demande comment on fait pour arriver à rester dans une usine, comme vous dites « enfermé ». On est contrôlé. Déjà, il y a cette espèce de division qui se créée entre les ouvriers … Et en plus de ça, il y a la maîtrise qui nous harcèle qui est toujours derrière nous … les contre-maîtres … C’est ça. C’est vraiment dégueulasse ! Vous avez raison, c’est très dur ! Seulement on a pas d’autre choix … »      Extrait de chronique d’un été – Jean Rouch – Edgar Morin (1960)

Septembre 2016 :

Je remercie à nouveau tous ceux qui étaient le 20 septembre 2016 au vernissage de  mon expo « Psychiatrists tried to kill phase3 »   à l’Atypik. 

Pedro et Manu ont assuré la partie musicale

La suite de cette exposition évoquant les années où j’ai été psychiatrisé est en préparation. Son titre : « Van Gogh phase III, le suicidé de la société » en référence au livre d’Antonin Artaud consacré à Van Gogh.