Subversif

 

Grenoble, parce que son maire RPR, Alain Carignon, y fit régner « une certaine idée de l’ordre et de la rigueur », de 1983 à 1995, fut, par réaction, l’une des villes françaises les plus remarquables en matière d’Art subversif.

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BERRIAT 83: Christine Breton, qui à l’époque était conservatrice du Musée de Grenoble, préparait une exposition qui ne se déroulait pas dans le musée, mais dans un des quartiers de la ville: Berriat. A l’époque, c’était tout à fait nouveau. Le catalogue était une bande photographique, qui permettait de suivre un parcours via des photos et d’avoir toujours en regard ce que l’on pouvait voir à cet endroit là. C’est donc un rouleau de 3 mètres de long qui a été imprimé en sérigraphie, en noir et blanc, et roulé pour retrouver l’esprit des cheminées du quartier. Ce projet a fait scandale. A l’époque, Alain Carignon qui venait d’être élu maire de la ville, considérait que c’était jeter l’argent public par la fenêtre et a fortement critiqué la conservatrice.

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En ce début des années 80, Grenoble comptait quelques graffiteurs et une toute nouvelle école d’art, rue Lesdiguière. Mix du graffiti et de la « figuration libre », un mouvement grenoblois était sur le point d’éclore.

1983 - Berriat 83 - Catalogue

L’exposition collective Berriat 83 a bien failli être annulée alors que le catalogue référençait pas mal des nombreux artistes qui, à l’époque, vivaient et travaillaient dans la ville.

1983 - Berriat 83 - Catalogue1

1983 - phase83
Berriat 83 – phase3 & co
1983 - Berriat 83 - Graffiti
Graffiti – phase3

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Dès lors, les musées et surtout l’école des Beaux-arts furent sous très étroite surveillance policière car ils posaient de réels problèmes à la municipalité. Une nouvelle épine fut insérée dans le pied de Carignon par l’occupation de l’école dès la rentrée 1983/84. (cf. sur Viméo la vidéo « Le Squat » de Yann Flandrin retrace la lutte des élèves contre la Mairie)

Un fort mouvement contestataire visant à modifier le système en place par l’illustration de ses défauts et par la promotion de valeurs différentes (voire antagonistes) y vit très rapidement le jour.

Issu de la société « d’individualisme de masse », au sens où la décrit Pierre Gascar, le Street Art naît de la volonté d’expression d’une génération pour laquelle se rendre visible au plus grand nombre, laisser sa signature visuelle, quitte à s’affranchir des lois et des règles communes, c’est exister, c’est – paradoxalement – faire société.

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En novembre 2014, avec ma copine du moment (ADN), je présentai une performance intitulée «DEUS IRAE» à l’école des Beaux-Art où j’étais étudiant en troisième année.

Dans un espace sonore assez violent et bruitiste, les spectateurs se tenaient autour d’une grande bande de papier blanc. A un bout, un statuaire noir assez destroy représentait une sorte de machine déglinguée. Juste devant, un bloc de béton, noir aussi, était frappé d’une croix inclinée en X et d’une flèche en forme d’éclair.

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Habillé de manière très straight, façon dandy hi-tech, et après quelques gesticulations et poses rituelles dans l’espace cadencé par des raies de lumière issues de diapositives …

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… je commençai à me percer une veine du bras à l’aide d’un cathéter.

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Je me déplaçai ensuite sur le ruban de papier où goûtait mon sang en un clip-clap audible par la foule (la bande son ayant été arrêtée par ADN).
A la reprise du vacarmes des haut-parleurs, je projetai de l’essence sur le papier ainsi maculé des petites taches rouges de mes goûtes de sang et enflammai le liquide.

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La fumée envahit la salle de l’école. Une partie du public en sortait en toussant. Une autre, j’imagine à cause d’un effet de sidération, attendait la suite. (Avec ADN, nous portions alors chacun un masque à gaz).
Là se produisit une chose inattendue: Les gouttes de sang coagulées avaient créé de petites hosties pourpres.

Je les distribuai alors aux personnes présentes en disant : « Ceci est mon sang ! »

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L’alternative au système dominant s’exprimait, la plupart du temps, dans la rue, la nuit et sous forme de graffitis. Cependant, mon outrecuidance de jeune artiste (21 ans), me fit organiser, fin 1984, un happening intitulé « La femme sous cellophane » avec la complicité de quelques personnes de la Bibliothèque Municipale résistantes :

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Un modèle de l’école des Beaux-arts, (Cécile, alias Hiro) devait s’y produire nue, enveloppée dans de la cellophane. En vitrine et en plein centre-ville, elle se serait débattue dans l’éclairage toxique et désinformant de quelques télévisions, tel un pantin, au prise avec son environnement.

Si les luttes ont leurs héros, elles ont aussi leurs martyrs :

La performance fut largement censurée et tronquée. Cécile se vit imposer le port d’une combinaison moulante couleur verte. Les télévisions, diffusant des images vidéos assez embarrassantes pour la mairie et la gouvernance Carignon, furent, purement et simplement, retirées de la vitrine au dernier moment par les services de polices municipaux et préfectoraux.
C’est bien plus tard, depuis le fin fond d’un hôpital psychiatrique, que je pris connaissance de compte rendu de l’événement qu’en avait très vaguement fait le journal local.

1985-02 - La femme sous cellophane (DL)

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